Six heures trente. Le réveil sonne. Mary ouvre doucement les yeux. Son mari, allongé à coté d’elle, se retourne. Il l’observe un instant, ferme les yeux et se remet à ronfler doucement. Il ne travaille pas ce matin. Un rayon de soleil entre dans la chambre, coincé entre les rideaux mal tirés. Elle se lève et trébuche dans le soutien-gorge qu’elle portait la veille. Au milieu de ses autres vêtements, et de ceux de son mari. Elle sourit, se remémorant la soirée.
Il se tient debout, nu. Il saisit une chemise rouge qui traine sur son lit et l’enfile. Son visage ne reflète aucune expression. Des larmes coulent sur ses joues. Ses doigts boutonnent lentement la chemise, puis s’emparent de ses sous-vêtements.
Mon papa me réveille. Il a les cheveux qui partent dans tous les sens. Il me fait une grimace rigolote et commence à me mettre des vêtements. Mon t-shirt est vert. J’aime pas le vert. C’est pas beau.
Sa toilette terminée, elle se dirige vers la cuisine. En y entrant, elle met la bouilloire en route et pose un sachet de thé sur la table. Du pain, de la confiture de framboise et une pomme viennent rejoindre ledit sachet. Elle s’empare de son livre et l’ouvre à la page où elle s’était arrêtée.
Ce matin, il ne prend pas de petit déjeuner.
Je baille. Les céréales ont des formes bizarres. Ça me plait. J’aime les céréales bizarres. Par contre, le lait est un peu trop chaud. Ça me plait moins. Mais mon papa me dit de prendre mon temps. Il n’est pas trop pressé. Il m’explique qu’aujourd’hui il va devoir m’emmener faire un tour à la banque. Il me dit qu’il faut faire ça rapidement, et que je dois venir moi aussi parce que maman travaille. J’aime mon papa.
Elle fait ses lacets. Une araignée détale, probablement à la vue d’une des chaussures. Elle la suit des yeux, la regardant se glisser sous la porte du séjour.
Il insère les clefs dans la porte d’entrée. Il fait frais aujourd’hui. Sa main verrouille la porte, et remet les clefs dans la poche gauche de son jeans. Il se retourne et commence à marcher, son sac à dos jeté sur l’épaule droite. Le facteur est déjà passé, et le journal dépasse de la boite aux lettres.
Mon papa se relève. Il vient de lasser mes chaussures. Elles sont jolies mes chaussures. Il me fait sortir et ferme la porte derrière lui. Il faut toujours fermer la porte à clef quand on part, c’est ce qu’il me dit toujours. Un oiseau se met à chanter.
Elle démarre sa voiture. Un rapide coup d’œil à sa montre lui indique qu’elle est légèrement en retard. Pour une fois.
Les passants le dévisagent. Il n’y fait pas attention.
La main de mon papa est douce. Elle est beaucoup plus grande que la mienne. Je ne vois plus ma main, elle s’est faite mangée par celle de mon papa. Les gens sont grands. Mon papa marche vite. Ou alors je suis petit. Ils me regardent en souriant. J’aime les gens. Ils sont gentils. Mon pull me gratte. Je dois moi aussi marcher vite.
Peu de trafic aujourd’hui. Elle arrive rapidement à son lieu de travail. La banque est déjà ouverte depuis un quart d’heure, mais son retard ne devrait pas être trop dérangeant.
Il pousse la porte de la banque. Pas beaucoup de monde aujourd’hui. Tant mieux, ça ira plus vite.
Il marche jusqu’au comptoir et pose son sac à dos par terre. Il se baisse et y insère la main.
Un monsieur entre dans la banque. Il a une chemise rouge. Il est très grand, mais pas autant que mon papa. Il me fait un peu peur. Il ne me sourit pas. Il ne m’a même pas regardé. Je ne l’aime pas.
Le jeune s’avance jusqu’à comptoir derrière lequel se tient Mary. Elle l’observe. Il est de taille moyenne, porte une chemise rouge et un sac à dos, qu’il pose à terre. Il se penche, visiblement pour y chercher ses papiers.
Sa main frôle le Beretta 92. Le caresse un instant. Il esquisse un sourire.
Je suis caché derrière mon papa et je le regarde. Je crois qu’il veut trouver quelque chose dans son sac.
Le jeune homme se lève brusquement, et pose un chèque sur la table.